Osons dire la vérité à l’Afrique PDF

Osons dire la vérité à l’Afrique PDF

Dans une précédente tribune sur Le Plus, Faustine Karel racontait comment elle avait commencé se prostituer alors qu’elle était étudiante. Récit de osons dire la vérité à l’Afrique PDF rencontre avec « F. En ces temps d’insouciance étudiante où je résidais à proximité du Sénat, ma curiosité m’a conduite à assister aux assises de la prostitution qui s’y déroulaient en 2010.


Accrochés à des pourcentages de PIB désincarnés ou artificiels, « experts » et médias mentent à l’Afrique quand ils lui font croire qu’elle a « démarré » et qu’une « classe moyenne » y est née. En effet, non seulement le continent ne se développe pas, mais, au sud du Sahara, il est même revenu à une économie de « comptoir ».
Au xviiie siècle ces derniers étaient esclavagistes ; en 2015, ils sont
pétroliers, gaziers ou miniers. Comme ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui n’enrichissent qu’une infime minorité d’acteurs-profiteurs cependant que la masse de la population subit en tentant de survivre.
Allons-nous donc continuer de mentir à l’Afrique quand, confrontées à la misère et pour échapper au désastre dont elles sont les premières victimes, ses jeunes générations risquent leur vie dans de mortelles traversées vers le supposé « paradis » européen? Afin d’attaquer les vraies causes du mal, les acteurs africains et européens doivent commencer par cesser de s’abriter derrière ces postures
dogmatiques et ces mensonges qui, depuis des décennies, engluent le
continent dans les échecs.
Bernard Lugan, universitaire, est professeur à l’École de Guerre
à Paris et il enseigne aux Écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan. Il est conférencier à l’IHEDN et expert auprès du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda-ONU). Il édite la revue par internet l’Afrique Réelle.

Parlons un peu des vrais dangers, et notamment de F. D’un coup, je me suis sentie isolée et sans courage. Le soir de ma rencontre avec F. Un prétendant dont le niveau de grammaire et d’orthographe n’avait d’égal que celui d’un enfant de dix ans m’avait sollicitée suite à la lecture de mon annonce. Au risque de paraître présomptueuse, je ne prenais habituellement pas la peine de répondre aux hommes incapables d’utiliser à bon escient le correcteur orthographique de Word. Pour une raison qui m’échappe, je lui ai tout de même communiqué mon numéro de téléphone.

27 ans et venait de se faire quitter par sa belle, peu après le décès de son père. Malgré une diction des plus douteuses, je décidais, en bonne poire empreinte d’empathie, d’aider ce jeune homme manifestement bourré de problèmes d’estime de soi. J’acceptais donc de sacrifier un peu de mon sommeil afin de lui faire passer une agréable soirée. Dans son appartement bordélique, je découvrais un homme plutôt moche, osons le mot, dont le style m’évoquait un dealer des années 90. Néanmoins, je me suis interdit de commettre le moindre délit de sale gueule, parce qu’il me semblait être un brave gars. C’était là ma première grosse boulette. Cet homme m’avait prise au dépourvu, tard dans la soirée, pour une rencontre quasi-instantanée.

Je n’avais pas discuté préalablement avec lui autour d’un café, comme je le faisais en temps normal. Sans me laisser exposer mes pratiques et tabous, il m’a saoulée au champagne et m’a sauté dessus. Presque par politesse, je n’ai pas osé lui demander de me régler en début de rencontre, comme j’avais l’habitude de le faire. Pendant des heures, je me suis faite malmener par un goujat, qui m’a utilisée comme une vulgaire poupée gonflable, sans respecter mes volontés. Vers trois heures du matin, je me suis hasardée à lui demander de me régler. Il a appelé un taxi et m’a tendu un chèque, sur lequel figurait le nom de F. Ne nous mentons pas : j’ai bien vu venir le traquenard.

Même ivre, on ne me la fait pas. Seulement, je n’ai pas trouvé le courage de protester alors que j’étais seule et nue, chez un inconnu, en pleine nuit. Le lendemain, j’ai malgré tout encaissé le chèque. Sur un malentendu, cela aurait pu passer. J’ai improvisé une quelconque excuse, du genre vente de meubles à une brocante. Puis, j’ai réalisé : ce péquenaud m’avait violée.

Mes limites physiques avaient été bafouées et en l’absence de rémunération, mon consentement était vicié. Lorsque j’ai demandé une explication à mon agresseur, il m’a répondu de manière nonchalante par SMS : « Remercie-moi, tu es trop gentille pour faire la pute », avant de me menacer de mort par e-mail si j’en parlais. Auparavant, mes rencontres déplaisantes se limitaient à quelques hommes mielleux ou possessifs, qui pouvaient parfois se montrer jaloux. L’expérience m’a appris à les identifier en amont, en discutant par courriel, par téléphone puis en face-à-face. Je n’en ai jamais parlé à mon entourage, par honte de m’être montrée si naïve.

Tout en lui aurait du éveiller mes soupçons : comment un homme incapable de présenter correctement aurait-il pu se payer ne serait-ce qu’une heure de ma compagnie ? Comment avais-je pu accepter de le rencontrer, alors même que j’avais le choix parmi plusieurs très bons candidats ? Dans un premier temps, je me suis manifestée sur internet. Il aurait même brutalisé les femmes qui refusaient ses faux moyens de paiement. J’ai préféré passer à autre chose et ne jamais plus avoir affaire à lui. Cette situation est somme toute paradoxale, puisqu’il est connu des associations de travailleurs du sexe.

En théorie, il leur suffirait de diffuser une liste de conseils et de bonnes pratiques pour éviter à quiconque de croiser ce genre de plans foireux. Ces actions de préventions ne sont toutefois pas à leur portée, à cause du Code pénal, qui prévoit une définition large du proxénétisme. Si je me réjouis que notre droit prohibe toute forme de travail forcé, je déplore qu’aider autrui à se prostituer dans de bonnes conditions, en diffusant des conseils génériques, puisse rendre les associations coupables de ce délit. Au cas-où l’une de ses nombreuses victimes lirait ce témoignage, sachez qu’il n’est pas trop tard pour déposer plainte : le délai de prescription pour un viol est de 10 ans à partir de la commission des faits.

Dans l’air du temps, les BB Brunes chantaient à tue-tête : « tu ne feras plus la pute si j’ai un micro ». Suite à cette mauvaise expérience, j’ai mis un terme à mon activité d’escort. J’ai laissé un gentil garçon entrer dans ma vie, pour jouer au papier buvard sur mes joues. Après la conférence, je me suis confiée à une prostituée, militante chez Grisélidis. Il faut croire que mon air ingénu m’a attiré la sympathie de cette femme qui aurait pu être ma mère : elle a insisté sur le devoir de toujours se respecter, de rester digne et de déposer plainte contre quiconque tenterait de nous abattre.

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