Le loup dans la bergerie: Le fondamentalisme chrétien à l’assaut de l’espace public PDF

Le loup dans la bergerie: Le fondamentalisme chrétien à l’assaut de l’espace public PDF

Par ailleurs, Sébastien Fath, chercheur au CNRS, considère que la violence  ne représente pas un trait commun aux divers fondamentalismes. C’est pourquoi le le loup dans la bergerie: Le fondamentalisme chrétien à l’assaut de l’espace public PDF s’oppose généralement à l’exégèse historico-critique ou scientifique, qui est adoptée officiellement par les Églises non fondamentalistes pour interpréter les textes religieux.


Le loup entre dans la bergerie et nous nous effaçons avec élégance pour le laisser passer. Tel est le diagnostic posé par Joan Stavo-Debauge sur la pénétration pernicieuse du fondamentalisme protestant dans les espaces publics et académiques, aux USA tout particulièrement. Capables d’imposer à la société un agenda de discussion réactionnaire sur des domaines comme l’écologie, la contraception, le droit du travail ou l’homosexualité, ses leaders et intellectuels instrumentalisent la tolérance garantie à l’expression publique de la diversité des opinions pour occuper le terrain, sans autres compétences que celles prescrites par une lecture littérale de la Bible. Dans cette enquête, l’auteur explique avec moult détails les stratégies adoptées par les milieux fondamentalistes et évangéliques pour vicier la liberté d’opinion au profit de l’avènement d’un nouveau genre de théocratie. Cette présentation fait froid dans le dos, d’autant qu’une alliance contre nature s’amorce avec les partisans d’un post-sécularisme, emmenés par le philosophe Jürgen Habermas, dont Stavo-Debauge montre ici l’imprudence et déconstruit les arguments.

C’est pourquoi, écrit Sébastien Fath,  l’autorité normative, qu’elle soit placée dans une tradition, un leader, ou dans un texte, constitue un trait fédérateur pour tous les mouvements religieux radicaux. Il a donc maintenant une signification étendue et éparse. La typologie utilisée vise à présenter ces positions et non à classifier ou à qualifier des Églises et des groupes. Il n’existe pas un seul type de fondamentalisme chrétien ou de quelque autre religion. Jean Baubérot affirme que le fondamentalisme est multiple et compte de nombreuses orientations, le plus souvent très différentes, mais qui parfois se retrouvent sur des positions de refus. Enfin, on ne peut bien saisir les divers fondamentalismes sans les juxtaposer aux grandes religions ou idéologies dont ils sont issus.

C’est pourquoi une méthode de corrélation entre les traits essentiels des divers fondamentalismes et les doctrines libérales opposées devrait être utilisée pour les mettre en lumière. Le concept de fondamentalisme a été étendu à des domaines hors du champ religieux, dans un sens proche du radicalisme. Pourtant, James Barr affirme que le fond de l’attitude fondamentaliste ne réside pas dans la Bible. L’inerrance biblique et la lecture des textes religieux servent de bouclier pour justifier un a priori idéologique ou une arrière-pensée ultra conservatrice et radicale.

Fénelon, la célèbre Madame Guyon et Pascal. Ce dernier, favorable au jansénisme, en devint l’un des meilleurs défenseurs. Il a écrit :  C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison.

Ces  Réveils  spirituels s’expriment lors de rassemblements à forte composante émotionnelle destinés à faire ressentir la puissance de Dieu, par exemple les camp meetings qui durent plusieurs jours. La diffusion abondante de ces  Fundamentals  explique davantage l’appellation du fondamentalisme que ses causes profondes. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que des Églises protestantes se donnèrent elles-mêmes le nom de  fondamentalistes . Aujourd’hui, le mot  fondamentalisme  a une connotation péjorative. Se méfiant de l’intelligence humaine qui perce difficilement les réalités spirituelles, écrit-il, ils tiennent pour suspectes la critique théologique et la recherche intellectuelle en général. Bible, tout au moins dans ses  manuscrits originaux .

En 1943, l’Église catholique s’est officiellement ralliée à la méthode scientifique historico-critique. L’encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII encouragea les méthodes critiques d’exégèse et le recours aux sciences utiles à l’interprétation de l’Écriture. Par cette lecture, selon lui, les mêmes mots lus par des personnes différentes ne font alors que refléter la pensée du lecteur. Le fondamentaliste a pour assise une foi qui relève de la volonté et de l’affectivité. La position de l’Église catholique est résumée dans son Glossaire, qui définit le doute :  Interrogation caractérisée par l’hésitation et la perplexité. Les personnes qui doutent se rencontrent chez les croyants, non chez les incrédules.

Le théologien Pierre Lathuilière souligne qu’il  ne s’agit nullement de mettre le vécu de la foi hors de portée des critiques et des assauts du doute . Il cite Sulivan :  Toute certitude est mise à mort de Dieu. Il en est de même de la position des Églises protestantes non fondamentalistes. Ainsi, le théologien et philosophe protestant Paul Tillich conçoit la foi comme la préoccupation ultime de chacun: elle ne relève, selon lui, ni de la volonté ni de l’émotion. Dieu, du matérialisme, du succès, du pouvoir etc.

Comments are closed.